À l’initiative du collectif « Le 106 », des acteurs du soin et de l’éducation se sont réunis pour explorer un déplacement critique : penser la santé non plus seulement à partir de la maladie, mais à partir du déploiement de la vie elle-même ; et en tirer des leçons pour nos politiques publiques en général, et pour l’école en particulier [1].

La santé intégrative s’inscrit dans ce mouvement, en articulant médecine conventionnelle, prévention et qualité de la relation, dans une approche globale de la personne. Ce changement correspond au passage d’une logique pathogénique, centrée sur les causes des maladies, à une logique salutogénique, attentive aux ressources qui permettent de rester en santé. Dans cette perspective, le lien humain apparaît comme un déterminant essentiel : être reconnu, relié, inscrit dans une communauté participe directement à l’équilibre des individus.

L’expérience de l’EHPAD de Kersalic en offre une illustration concrète. En replaçant la relation au cœur du soin — jusque dans des gestes symboliques comme l’abandon de la montre — l’institution s’est ainsi transformée en un lieu de vie. Les professionnels y dépassent la segmentation des tâches pour s’ajuster à la temporalité et aux besoins des personnes.

Ce type de transformation met en lumière une limite structurelle de nos systèmes : ils mesurent ce qui est facilement quantifiable, mais peinent à saisir ce qui compte réellement. La qualité du lien, la dignité vécue ou le sentiment de sécurité échappent largement aux indicateurs, alors même qu’ils constituent des déterminants majeurs de la santé.

Ces constats dépassent le seul champ du soin. Ils invitent à repenser l’ensemble des institutions publiques. Trop souvent, celles-ci sont conçues à partir de contraintes organisationnelles ou économiques, reléguant l’humain au rang de variable d’ajustement. La santé intégrative propose une inversion : faire de l’humain la brique première de l’action publique.

L’école apparaît alors comme un terrain privilégié de cette transformation. Comme l’hôpital, elle reste largement organisée selon une logique industrielle, de contrôle et de production. Transposée à l’éducation, la santé intégrative conduit à imaginer une école ouverte et relationnelle, porteur d’un nouvel écosystème. L’enfant y devient acteur de son temps et de ses apprentissages, les professeurs sont tout autant enseignants que guides et facilitateurs. Chaque interaction devient une opportunité d’apprendre.

Ainsi, au-delà des secteurs, la santé intégrative ouvre une perspective plus large : celle d’institutions capables d’agir à hauteur du vivant, en plaçant la relation, la dignité et le développement de notre ressource humaine au cœur de leur fonctionnement.

Auteur(s) : Collectif Le 106 – contact@le-106.org

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Liens pour en savoir plus :

  • Collectif Le 106 https://le-106.org/
  • Ont notamment participé à ces travaux : C. Belhomme (Réseau Allié Santé ; https://alliesante.net/), C. Antoine-Guillaume et C. Guillemé (EHPAD de Kersalic ; https://kersalic.com/ ), Sophie Lavault (CPTS Orléans ; https://sophielavault.fr/ ), Caroline Bouffaut (Cité éducative de Grigny ; https://grigny91.fr/thematiques/education ), Marine Gilton et François Germinet (Chaire Prospective, Imaginaires et politiques publiques de CY Ecole de Design / CY Cergy Paris Université ; https://www.cy-ecolededesign.fr/ )
  • Documentaire de Allié Santé : « Viens voir ! La médecine de demain serait-elle en train d’éclore ? » https://alliesante.net/film-documentaire-viens-voir/

Bibliographie

  1. Collectif Le 106, « De la santé intégrative à l’école intégrative : vers des institutions publiques à hauteur de l’humain », Mars 2026. Lien : https://le-106.org/wp-content/uploads/2026/04/article_sante_integrative.pdf

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